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IGNATIA BROKER
RECIT D'UNE INDIENNE OJIBWAY
(Night Flying Woman. An Ojibway Narrative)
Depuis
toujours, dans leur propre langue, les Ojibways, ces Algonquins des Grands
Lacs du nord-est américain, sont appelés les Anishinabe, le Peuple Originel.
Leur langage et leur culture comme toutes les autres tribus relèvent de la
tradition orale, d'où l'importance de la mémoire, de l'écoute de la parole.
Avec ce récit, nous comprenons l'importance de cette mémoire, des
connaissances qui doivent se transmettent de générations en générations.
Ignatia Broker, de son nom indien Night Flying Woman (Ni-bo-Wi-se-gwe)
raconte une histoire qui s'inscrit dans la tradition, c'est-à-dire la
continuité culturelle et spirituelle des Ojibways. Bien que l'auteur ait
vécu des siècles après l'avancée de son peuple de la côte atlantique vers
l'Ouest, elle en connaissait le passé, comme imprégnée, grâce au maintien de
la mémoire par l'oralité. Racontant les origines du peuples, ses us et
coutumes au fil des siècles, Broker dit avec simplicité, humour, limpidité
sa propre vie étroitement mêlée à celle de la tribu. De sa naissance aux
premiers contacts qu'elle eut avec les Blancs, nous suivons au fur et à
mesure la dégradation qui en découla. Le contact avec une culture étrangère
et qui plus est conquérante changea tout un mode de vie. Les faiseurs de
traités, mais aussi les missionnaires, les marchands de fourrures, les
industriels du bois, tous agissant dans leur propre intérêts, exploitaient
la terre en manipulant les Indiens. Après l'établissement de la tribu sur la
réserve de White Earth en 1867, La loi générale de 1887 (The General
Allotment Act), visant au partage des terres, grignota un peu plus le peu de
terres restant aux Ojibways. Démunis, abandonnés, seules les mémoires des
Anciens, en l'occurrence ici celle de Ni-bo-wi-se-gwe, purent garder ce
qu'il restait de la tribu, le souvenir. Cet ouvrage est un legs aux jeunes
enfants de la tribu qui peuvent fredonner les chansons qu'ils entendent à la
radio mais qui ne connaissent plus les chants du tambour. Message valable
pour les autres nations indiennes mais aussi pour les peuples hors
Amériques…, le livre décrit une philosophie de la vie aussi essentielle
aujourd'hui qu'elle ne l'était par le passé. L'auteur était
exceptionnellement qualifiée pour raconter cette histoire. En tant qu'aînée,
conteur d'histoires et membre inscrit de la réserve White Earth, elle a
expérimenté aussi bien la vie urbaine que celle de la réserve. Dans ce
récit, la narratrice dit qu'il y aura cinq générations d'Ojibways à
construire un Cercle. La première entamera le cercle et les autres
s'éloigneront des modes de vies indiens. Le Cercle sera clos lorsque la
dernière génération agira à nouveau à la manière des anciens : ils seront
ceux qui poseront des questions et ceux qui se souviennent.
Née sur la réserve de White Earth dans le Minnesota en 1919, Ignatia Broker
est décédée en 1987. Elle consacra sa vie à l'éducation, l'enseignement et
travaillant à mieux faire connaître auprès du public la culture ojibway dans
le cadre de la Société d'Histoire des Indiens du Minnesota et de Upper
Midwest American Indian Center in Minneapolis.
Traduit de
l'anglais (américain) par Sandrine Van Cleeve
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