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mars 1999 :Rien ne semble résister à la tornade SHANIA TWAIN, pas même
les cloisonnements créés par l'industrie du disque par commodité.
Chanteuse pop ou chanteuse country, elle est tout cela et bien plus
encore.
À 32 ans, Shania Twain a vendu plus de disques que n'importe quelle autre
chanteuse country et brisé un record que Patsy Cline avait mis 40 ans à
établir: vendre 12 millions de copies de son album Woman in Me, paru en
1995. Deux ans plus tard, son nouveau disque (Come on Over) franchissait
le cap du cinq millions de preneurs en l'espace de cinq mois. Tout ça sans
avoir donné un seul concert!
Voulant faire face à la musique et à son public, la chanteuse s'est
récemment embarquée pour une longue tournée d'arénas et d'autres salles
dans lesquelles on accole généralement des artistes de rock populaire
comme Metallica ou The Who. Comme Garth Brooks, la chanteuse, originaire
de Timmins en Ontario, joue dans les grandes ligues, en passant du statut
de chanteuse country à celui de diva de la musique pop.
«Pop», le mot est lancé. Parce qu'il faut bien admettre que sa musique a
plus à voir avec le rock populaire qu'avec le country. Denis Routhier, de
chez Universal, a du mal à considérer la chanteuse autrement que comme
chanteuse pop. «On a tendance à oublier qu'elle a aussi une base de fans
qui aiment la musique country parce que sa popularité s'est étendue
au-delà de l'univers western» dit-il.
Yves Laurin, programmateur à MusiMax et responsable de l'émission
CountryMax va encore plus loin: «Ce n'est plus un mystère, Shania Twain
fait du pop. Il y a une saveur country, mais on ne peut pas comparer ce
qu'elle fait avec du George Jones ou du Hank Williams. Reste que c'est bon
pour les autres artistes country car elle peut leur amener un nouveau
public.»
Les grosses huiles de
Nashville devraient en prendre bonne note. Pour l'instant, le centre de
l'univers country, tenant et aboutissant de l'industrie ne voit pas la
chanteuse d'un très bon œil. On n'aime pas son approche textuelle quasi
féministe (sans blague!), on n'aime pas son nombril, on trouve que la
production de ses albums coûte trop cher et que ça fait mal paraître les
artistes moins fortunés. Sans oublier sa façon de s'habiller et, surtout,
son immense succès, construit à l'extérieur de leur propre usine à
vedettes.
«On n'a qu'à regarder la mutation qui s'est produite dans ses vidéos,
commente Laurin. Au début, elle dansait sur un comptoir en robe rouge.
Aujourd'hui, elle se promène dans un désert habillée en léopard. Il y a
une demande et elle y répond; Shania Twain est une diva.» Une diva
terre-à-terre semble-t-il, ce qui contribue à la rendre encore plus
attachante. «Quand tu la rencontres, elle te regarde droit dans les yeux
et te demande comment ça va; elle va chercher son public de la même façon.
À l'inverse, il est impossible de parler à Whitney Houston ou à Gloria
Estefan sans se faire rentrer dans le mur. »
On ne vend pas des millions de disques sans faire tomber quelques
barrières. Votre patron n'aime pas spécialement le country, mais possède
une copie de son dernier disque et attend le concert prochain avec le même
enthousiasme que les mordus de western. Pour expliquer le phénomène, nul
besoin d'aller plus loin que la musique elle-même. Tous les albums de
Shania Twain ont été réalisés par Mutt Lange, devenu son époux depuis. Ce
dernier a fait son entrée dans le monde de la musique par le hard, en
captant l'énergie brute d'AC-DC. Il s'est ensuite tourné vers Def Leppard,
qu'il a transformé en formation plus mélodique que franchement métal, puis
a appliqué la même recette avec Bryan Adams: plus de pop moins de rock.
Faites l'addition et passez-vous quelques titres gravés sur le dernier
compact de Twain. C'est effectivement la somme d'un travail qui a toujours
favorisé l'expansion d'un style en y ajoutant des couleurs venant d'autres
univers. Honey, I'm Home, c'est Pour Some Sugar on Me de Def pour les
couplets et on ajoute un refrain country pour ne pas effaroucher les
puristes. Bref, nous sommes en terrain connu certes, mais le tout est
recyclé de façon tellement efficace que les murs de Nashville en tremblent
encore.
François
Tremblay